L’apprentissage. Pendant très longtemps, le seul moyen d’apprendre un métier (différent de celui de son père). L’homme a toujours appris par imitation. Dans l’apprentissage, le jeune garçon (ou la jeune fille) vit pendant un certain temps chez un maître dans tel art ou métier (artisanat ou commerce le plus souvent), à qui il doit obéissance. Celui-ci s’engage à le former sans rien lui cacher ; il le loge également et le nourrit. Il est plus rare qu’il l’habille. On dit qu’il le prend « à son pain, à son pot et à son œuvre ». En échange de cette formation, les parents de l’apprenti(e) versent une certaine somme d’argent, payable généralement en plusieurs fois.
Entre le maître artisan ou commerçant et la famille de l’apprenti existe donc un contrat. Très souvent, ce contrat est oral. Mais c’est un acte qui passe parfois devant un notaire. On l’appelle alors traité ou brevet d’apprentissage. Il précise alors les conditions de l’apprentissage, en particulier sa durée, et les obligations de chacun (celles de l’apprenti surtout).
Il faudra attendre la loi Astier du 25 juillet 1919 pour que change ce système. Ce texte instaure l’enseignement professionnel de masse, dans des écoles d’enseignement technique gratuites.
Remy ROUSSEL, apprenti cordonnier
Remy ROUSSEL est un « jeune garçon » demeurant à Verzy, dans la Marne, à une vingtaine de kilomètres de Reims (il n’en est peut-être pas originaire). En 1727, il devient l’apprenti de Nicolas BOUY, maître cordonnier audit Verzy. Le document ne précise pas l’âge du futur apprenti, mais on peut penser qu’il doit avoir entre 8 et 12 ans[1]. On ne connaît pas non plus l’âge du maître artisan.
Ici, le contrat s’appelle acte d’apprentissage. Les contractants le signent le 3 août 1727 devant Me Jean Baptiste BRODEL, notaire à Verzy[2].
Un engagement moral
Que prévoit ce contrat pour chacun des contractant ? Le maître cordonnier s’engage « à faire apprendre audit Remy Roussel le metier de cordonnier autant que l’esprit dudit Roussel le poura comprendre ». Que faut-il entendre derrière cette formule ? Faut-il y voir un moyen pour Nicolas BOUY de ne pas révéler tous les secrets du métier à son apprenti ? Sans doute pas. Mais, le cas échéant, il ne pourra lui être fait reproche de ne pas avoir fait de son apprenti un maître cordonnier si celui-ci n’en est pas capable. Du reste, l’apprentissage ne dure qu’une seule année. C’est un temps bien trop court pour devenir un maître cordonnier. Nicolas BOUY promet également de le loger et de le nourrir.
En échange de cette transmission de savoirs, si l’on en croit le document, Remy ROUSSEL ne prend pas vraiment d’engagement fort. Il n’est nulle part question d’obéissance ou de soin dans le travail. Il promet seulement, au cas où il devrait être absent, de poursuivre sa formation après la fin du contrat prévu, pour le nombre de jours qu’il aura manqué.
Un engagement financier
L’autre point qui tient une place importante dans l’acte est celui du financement de l’apprentissage. Il est à noter que ce n’est pas le père de Remy ROUSSEL qui prend cet engagement. Ce sont deux hommes, dont on ne connaît pas le lien avec le futur apprenti : Remy CHANDELOT et Nicolas DURAND. Quant au père du jeune garçon, n’étant pas mentionné, on ne sait s’il est décédé ou simplement trop loin pour pouvoir tenir cet engagement financier. En effet, les deux garants de l’apprenti promettent de payer la somme de 80 livres, en quatre versements trimestriels, le premier devant intervenir le 12 novembre 1727.
Chacun des contractants prend cet engagement sur « tous ses biens meubles et immeubles présents et à venir ».
Quant à l’apprentissage en lui-même, prévu pour un an, il débutera le 12 août 1727.
L’acte d’apprentissage est signé au domicile de Nicolas BOUY par toutes les personnes intéressées, en présence d’un témoin, Jacques CARLIER, maître charpentier à Verzy. Un autre témoin semblait sur le point d’être cité, mais ne l’a pas été et sa signature ne figure pas au dos de l’acte.
Le contrat dûment signé a été enregistré au contrôle des actes[3] le 16 août de la même année.
Notes
[1] La consultation des registres paroissiaux de Verzy entre 1711 et 1720 n’a pas permis de trouver son acte de baptême.
[2] Archives départementales de la Marne.
[3] Le Contrôle des actes est l’administration qui enregistrait les actes et prélevait les droits d’enregistrement avant la Révolution.
Cet article a été rédigé dans le cadre du challenge UPro-G 2026 proposé par l’UPro-G sur le thème « un contrat d’apprentissage ».