« Mais l’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai »[1].
Le rêve américain peut frapper n’importe qui, n’importe où… Même dans les villages les plus ruraux de notre belle France. En témoigne l’histoire de Joseph TOURNIER…
Une enfance en Haute-Saône
Joseph Télesphore TOURNIER naît à Mandrevillars[2], dans le département de la Haute-Saône, le mercredi 4 janvier 1837. C’est à neuf heures du matin que Jeanne Agnès FRANÇOIS, cultivatrice, âgée de trente ans, met au monde le petit garçon.
Quelques heures plus tard, son père, François Félix TOURNIER, lui aussi cultivateur, âgé de trente-quatre ans, se rend auprès du maire de la commune, Jean Baptiste TOURNIER, pour déclarer la naissance de son fils. François BELPÉRIN, quarante-deux ans, et Victor SIGNE, vingt-sept ans, tous deux cultivateurs au village, en sont les témoins.
Joseph est le quatrième enfant de François Félix et Agnès. Il a deux grands frères, François Félix, né en 1831, et Jean Claude Victor, né en 1834, et une grande sœur, Marguerite Virginie Stéphanie, née en 1833.
Quatre autres enfants viendront compléter cette fratrie. Marie Françoise Célestine voit le jour le 21 janvier 1840, Auguste Célestin le 20 octobre 1841, Alexis Eugène le 15 février 1844, et François Xavier le 13 septembre 1847.
Joseph est très tôt confronté à la mort. Le dimanche 17 mai 1846, son frère Alexis Eugène meurt à l’âge de deux ans. Joseph a alors neuf ans.
Les débuts de l’âge adulte
Le samedi 27 février 1858, comme tous les garçons de son âge, il se rend à Héricourt pour participer au tirage au sort qui va décider lequel des jeunes gens va effectuer son service militaire et lequel en sera dispensé. Les maires des communes du canton sont tous là, ainsi que le sous-préfet. Joseph est alors un jeune homme de taille moyenne (1,69 m). Il sait lire et écrire.
Il tire le numéro 14, ce qui fait de lui un candidat idéal pour partir sous les drapeaux. Mais il bénéficie d’une disposition de la loi qui le dispense de le faire. En effet, son frère Jean Claude Victor est déjà au service militaire, soldat du 2ème Régiment de Dragons d’Epinal.
Quelques années plus tard, Joseph est un des témoins de ce même Jean Claude Victor lorsque celui-ci épouse Françoise Élisabeth DROIT. Nous sommes toujours à Mandrevillars, le lundi 7 août 1865.
L’Amérique…
En 1869, Joseph part pour l’Amérique[3]. Nous ne disposons d’aucune information sur son voyage, son port d’embarquement ou celui de son arrivée sur le sol américain.
Trois ans plus tard, le vendredi 19 avril 1872, à Manhattan, il épouse Marie CHEVILLOT, une Française originaire de… Châlonvillars, un autre village de la Haute-Saône situé à environ cinq kilomètres de Mandrevillars. La famille CHEVILLOT a émigré en 1864.
Le couple s’installe d’abord à Worth Colebrooch, avant de déménager pour Windsor, dans le comté de Berkshire (Massachusetts), où Joseph et Marie (eh oui!) passeront le reste de leur vie.
Citoyen américain
Joseph est naturalisé américain le samedi 25 février 1893.
En 1900 a lieu un nouveau recensement. Joseph et Marie, qui ont alors soixante-deux et cinquante-et-un ans, vivent toujours à Windsor avec cinq de leurs enfants. Louise Mary a quitté la maison pour se marier. En 1898, à Adams, elle a épousé Albert A. ODELL, lui aussi originaire de France.
Joseph et son épouse ont appris à parler, à lire et à écrire en anglais. Joseph, fermier, est propriétaire de sa ferme. S’il a été naturalisé, Marie, quant à elle, ne l’est pas.
Le lundi 20 octobre 1902, c’est Joseph Xavier qui quitte la maison pour épouser à Pittsfield Mary JORDAN. Puis, le 23 octobre 1905, son frère George Edmund fonde à son tour une famille avec Augustine A. BARTHE. Enfin, le samedi 23 mars 1907, le benjamin des enfants, Florian Victor, se marie lui aussi. Il épouse Lila D. JACOBS.
Lors du recensement suivant, en 1910, Joseph et Marie vivent avec leur dernier fils, August Joseph, trente-quatre ans, toujours célibataire. George Edmund, fermier comme son père, et sa femme Augustine se sont installés à la ferme avec leur fille Gabrellie, âgée de sept mois.
Après une vie bien remplie, Joseph Télesphore TOURNIER s’éteint à Windsor, dans sa ferme, des suites d’une maladie de cœur et d’une bronchite. Il avait soixante-dix-sept ans.
Notes
[1] Extrait de la chanson L’Amérique de Joe DASSIN.
[2] Les habitants de Mandrevillars sont les Mandrevlais et les Mandrevlaises.
[3] Information mentionnée sur le recensement de 1900.
Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « un Joseph ».
Ah le rêve américain ! Joseph semble avoir parfaitement réussi le sien.
Un lointain cousin d’outre-Atlantique arrivera peut-être à toi un jour.