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La Légion d’honneur de Louis ALLART

Les recherches dans les archives sont souvent aléatoires, et sont parfois sources de frustration. Quand il commence, inconsciemment (ou non), le chercheur a des attentes, il anticipe ce qu’il peut trouver. Il imagine ce qu’il va pouvoir tirer de ses découvertes. Et puis parfois, pssht ! Comme un pétard mouillé. La montagne accouche d’une souris. Certains dossiers que l’on voyait prometteurs sont minces, très minces. C’est le lot de tous ceux qui fréquentent les archives.

Le dossier de la Légion d’honneur de Louis ALLART est de ceux-là. Faut-il pour autant le reléguer dans un coin sombre, le considérer comme négligeable, voire inexistant ? Certainement pas ! Il est ce qu’il est et mérite tout autant notre attention. Tel est le credo du véritable chercheur.

Louis Henry ALLART, biographie sommaire

Louis Henry ALLART est baptisé à Pontavert, une paroisse de l’actuel département de l’Aisne, le vendredi 29 novembre 1776[1]. Fils de Thomas ALLART, laboureur, et de Marie Jeanne HUYER, il a pour parrain Louis FILLON, de la paroisse de Concevreux, et pour marraine Marie Henriette PASQUIER, de la paroisse de Revilllon. Son père est absent le jour de son baptême.

La Légion d'honneur de Louis ALLART : acte de baptême
Acte de baptême de Louis Henry ALLART - Pontavert - 29.11.1776 (Arch. dép. de l'Aisne, 5 Mi 0391)
La Légion d'honneur de Louis ALLART : carte de situation
Carte de situation (IGN/Cassini)

On ne sait pas s’il s’engage dans l’armée ou si le conscrit finit par faire carrière après son service militaire. Toujours est-il que le lundi 6 novembre 1815, c’est un capitaine d’infanterie en retraite qui se marie. Ce jour-là, à la mairie de Reims et devant l’adjoint au maire Florent Simon ANDRIEUX, l’ancien militaire, âgé de trente-huit ans, épouse Angélique MUIRON, une Rémoise de trente-deux ans. Louis habite alors rue de Vesle, à Reims.

Le couple aura deux enfants : Louis François, né le 24 septembre 1816, et Henriette Eugénie, née le 29 septembre 1817.

Angélique MUIRON décède à Reims le dimanche 8 décembre 1850. Louis se remarie près de sept ans plus tard, le mercredi 29 avril 1857. Il a alors quatre-vingts ans et épouse à la mairie de Jonchery-sur-Vesle une femme de la commune, Louis Catherine MOUTAILLER, qui a trente-cinq ans de moins que lui.

La Légion d’honneur de Louis Henry ALLART

Comme je l’indiquais en introduction, le dossier de la Légion d’honneur conservé aux Archives nationales[2] est très succinct. Il se compose de deux feuilles : l’acte de nomination comme Chevalier de la Légion d’honneur et un document reconstituant le contenu du dossier.

Louis Henry ALLART est nommé Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 10 novembre 1813. Cette décoration est-elle une récompense pour l’ensemble de sa carrière ? Pour un fait de guerre ou un comportement remarquable ? Son dossier ne le dit pas.

La Légion d'honneur de Louis ALLART : Certificat
Acte de nomination (Archives nationales, LH//22/10)

Quelques semaines auparavant, le 22 juillet, il avait obtenu le grade de capitaine au sein du régiment d’infanterie de ligne dans lequel il servait[3]. Il ne reçoit le brevet de chevalier que près de sept années plus tard, le 15 mai 1820.

Jusque là, rien de bien étonnant. Et pourtant…

Une nouvelle demande

Le samedi 17 mai 1862, le Secrétaire général de la Légion d’honneur, le général MAIZIERE, écrit au Préfet de la Marne, Alexandre CHASSAIGNE. Dans sa missive, il demande « tous les renseignements que vous pourrez recueillir sur les antécédents et la moralité de M. Allart Louis Henry à Jonchery-sur-Vesle qui a sollicité la décoration de la Légion d’honneur en 1862 ».

Le préfet en réfère au sous-préfet de Reims, qui s’adresse au maire de la commune. L’édile écrit une lettre dithyrambique sur le capitaine en retraite Louis ALLART, qu’il connaît depuis fort longtemps. Selon lui, l’homme est « la probité personnifiée, aimé, estimé non seulement de toute la commune de Jonchery, mais de toutes les personnes qui l’approchent ». Et le préfet, dans sa réponse du 26 mai au Grand Chancelier de la Légion d’honneur d’ajouter que « la conduite du pétitionnaire au point de vue politique n’est susceptible d’aucune observation défavorable »[4].

La Légion d'honneur de Louis ALLART : courrier
Extrait de la réponse du préfet de la Marne (Arch. dép. de la Marne, 14 M 3)

Ni le dossier des Archives départementales de la Marne, ni celui des Archives nationales ne précise quelle suite a été donnée à cette demande. Mais on peut s’interroger : pourquoi Louis Henry ALLART a-t-il demandé en 1862 une décoration qu’il posséde déjà depuis près de cinquante ans ? Et pourquoi la Grand Chancellerie relaye-t-elle cette demande alors que le militaire en retraite est déjà inscrit au nombre des pensionnés ?

Mystère…

La Légion d'honneur de Louis ALLART : récapitulatif
Récapitulatif du dossier (Archives nationales, LH//22/10)

Louis Henry ALLART s’éteint à Jonchery-sur-Vesle le 28 mars 1870 à l’âge vénérable de quatre-vingt-treize ans… et toujours Chevalier de la Légion d’honneur.

Notes

[1]     Archives départementales de l’Aisne, 5 Mi 0391.

[2]     Archives nationales, LH//22/10.

[3]     Archives nationales, LH//22/10.

[4]     Archives départementales de la Marne, 14 M 3.

Cet article a été rédigé dans le cadre du challenge UPro-G 2026 proposé par l’UPro-G  sur le thème « un dossier de la Légion d’honneur ».

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