L’école de Moronvilliers n’a rien d’exceptionnel. Imaginez une petite école de village au milieu du XIXème siècle, avec son instituteur logé sur place. Représentez-vous sa classe unique chauffée avec un poêle à bois. Voyez… Mais laissez-moi d’abord vous conter une partie de son histoire.
Petite histoire de Moronvilliers
Un petit village…
J’aime travailler sur l’histoire de ce village à cause de ce qu’il a de mystérieux. Oh, ce n’est pas une curiosité touristique, comme l’un des plus beaux villages de France. Non. Ce qui me fascine à Moronvilliers, c’est qu’on ne sait pas à quoi il ressemble. Aucune photo de la commune, aucune carte postale ancienne, aucune gravure pour nous faire une idée de son aspect. Et pour cause, c’est un petit village. Par exemple, en 1846, il ne compte que 96 habitants. Au XIXème siècle, on ne photographiait que très rarement ces petites communes rurales. Et bien mal nous en a pris !
Vous me direz : « Mais si on ne le faisait pas à l’époque, pourquoi ne pas le faire maintenant ? »
…disparu
Eh bien, parce que ce n’est pas possible. Il n’y a pas de village de Moronvilliers… Ou plus exactement, il n’y en a plus. La commune de Moronvilliers a disparu sous les bombardements de la Première Guerre mondiale dans les années 1916-1917. Presqu’entièrement rasée par l’artillerie, elle n’a jamais été reconstruite.
Et pourtant, elle avait une histoire quasi millénaire[1]. Voilà où mène la folie des hommes… Il ne nous reste aujourd’hui que quelques vues aériennes de tranchées et de cadavres prises pendant la Guerre (consultables aux Archives départementales de la Marne).
Son nom se perpétue aujourd’hui dans celui de sa voisine Pontfaverger, devenue en 1950 Pontfaverger-Moronvilliers. Mais quel Pontfabricien est capable aujourd’hui de dire pourquoi sa commune se nomme ainsi ?
Seul vestige de l’existence de Moronvilliers, une croix qui fait figure de monument aux morts, dans une petite clairière, à l’écart de la route… et les archives que les destructions de la Guerre ont bien voulu nous laisser.
Alors pour faire revivre l’espace de quelques minutes ce village marnais, je vais vous parler de son école.
La première école de Moronvilliers
Les archives sont peu fournies sur la première école de Moronvilliers. La première est une enquête statistique de 1819 sur la fréquentation des écoles. A cette époque, il ne semble pas encore y avoir d’école primaire dans la commune. M. LONGIS, maire de Moronvilliers, répond « qu’il n’y a que trois enfants susceptibles d’aller à l’écolle, et que leur père et mère les ont mis en pension à l’écolle primaire du Petit St Hilaire[2] ».
La première mention d’une école à Moronvilliers dans les documents d’archives date de 1847. Une délibération du Conseil municipal prévoit l’établissement d’une école primaire. Cela passe par l’acquisition d’un bâtiment nouveau, la maison de Théodore GILLES. Pour financer ce projet, la commune mettre en vente un terrain de sa possession. A l’époque, la commune de Moronvilliers compte 180 habitants, dont 15 enfants[3].
Le projet aboutit en 1849. La commune acquiert les trois terrains de Théodore GILLES et Marie Josèphe MALHANCHE pour la somme de 1 310 francs, tandis deux acheteurs du village font l’achat du terrain communal pour un montant de 795 francs. Pour faire face à ces dépenses et à l’aménagement que nécessite la classe, l’Etat verse à la commune un secours de 700 francs.
Voici donc la commune de Moronvilliers avec une école flambant neuve.
Le projet de 1858
L’école est-elle devenue rapidement trop petite ? Il est vrai que si la population globale de la commune a assez fortement diminué (124 habitants en 1856), le nombre d’enfants, lui, est plus important (24 enfants cette même année). La maison acquise nécessitait-elle trop de travaux ou trop d’entretien ? Les informations relevées dans les archives de la commune[4] ne permettent pas de répondre à ces questions.
Dès 1855, le Conseil municipal décide de l’acquisition d’un nouveau bâtiment pour créer une école mixte. Son choix se porte sur une propriété toute proche de l’école actuelle. Le village de Moronvilliers n’est guère étendu.
Mais les prix ne sont plus les mêmes. A l’achat de la maison (3 300 francs), il faut ajouter des frais et le montant des travaux. L’ensemble augmente la facture de plus de 1 000 francs. Pour financer cette nouvelle école, la mairie va puiser dans son bas de laine et mettre dans le budget les économies réalisées les années précédentes. On vend l’école actuelle, devenue superflue. Le ministère de l’Instruction publique met également la main au portefeuille et accorde un secours de 500 francs. Pourtant, cela ne suffit pas. Et le Conseil municipal n’a d’autre choix que d’imposer une contribution extraordinaire. Pendant sept années, les habitants de Moronvilliers vont devoir participer au financement de leur école, pour un montant total de 1 260 francs.
Tel est le prix de cette nouvelle école.
Le Conseil municipal décide donc d’acquérir une nouvelle maison, celle de Marguerite HUBICHE, veuve de Jean Baptiste LANCERÉAUX, propriétaire à Moronvilliers. L’ancienne maison d’école est cédée à Alfred Nicolas Louis JOUGLET, propriétaire à Craonne (Aisne). La commune se sépare aussi d’autres terrains pour financer le nouvel achat.
D’indispensables travaux
Un constat désastreux
Pendant les années suivantes, l’école de Moronvilliers fonctionne sans difficulté particulière. L’acquisition d’un calorifer pour le chauffage de la classe et d’un fauteuil pour l’instituteur en 1877 font partie des petites aménagements des locaux. Un artisan effectue également des travaux de peinture et de nettoyage.
Mais bientôt, ces réparations de fortune ne suffisent plus. Un rapport de 1882 met en lumière le triste état de la salle de classe et du logement de l’instituteur.
« Le local actuel de la classe a 4m60 de large sur 6m00 de long et 2m75 de hauteur sous solivage. Le sol n’est pas planchéié et le solivage est apparent. Le logement de l’instituteur se compose actuellement d’une cuisine et d’une chambre à rez-de-chaussée et d’une petite chambre dans le grenier. La chambre du rez-de-chaussée n’est ni planchéiée ni plafonnée. De plus, l’entrée de la descente de cave a lieu par la chambre. La chambre du 1er étage n’a point de cheminée ; on y parvient par un palier dans le grenier ; ce palier est dépourvu de lumière. »
Un projet coûtex à financer
C’est pourquoi d’importants travaux doivent être envisagés. Il faut reconstruire une partie du bâtiment et créer une nouvelle salle de classe. Le devis se monte à 7 220 francs. Mais les finances de la commune ne sont pas en mesure d’en supporter le coût. Cette somme représente deux fois le montant des recettes annuelles de la commune, qui doit déjà rembourser une dette de près de 1 300 francs.
Finalement, le Conseil municipal sollicite un emprunt de 2 000 francs auprès de la Caisse des Ecoles. Le Conseil Général accorde une subvention de 95 francs et la Préfecture un secours de 5 125 francs sur le budget de l’Etat. Les travaux peuvent commencer.
Lors de l’adjudication du 24 janvier 1886, c’est Isidore BUIRON, entrepreneur à Saint-Hilaire-le-Petit, une commune toute proche qui obtient le chantier. C’est en effet lui qui a fait la meilleure offre en proposant une remise de 8,6 % sur le montant total du devis.
Les travaux sont achevés pour la rentrée des classes 1886. Non sans mal, car le Conseil municipal a dû rappeler à l’entrepreneur les délais fixés par l’adjudication. Il n’y a toutefois pas eu lieu de mettre à exécution la menace de sanctions financières, elles aussi prévues par le contrat.
Un avenir brisé
Dans les années qui ont suivi, des travaux de bien moindre importances seront réalisés dans les années qui suivent cette reconstruction : changement de plusieurs fenêtres, remplacement du calorifère ou encore réfection de la cheminée. Mais l’école fonctionnera jusqu’à la Guerre sans autre gros aménagement. L’évacuation de la commune au cours de la Première Guerre mondiale, comme je l’ai dit en introduction, sonnera sa fermeture définitive.
Notes
[1] Elle apparaît pour la première fois dans un document de 1066 sous le nom de Muronis Villare (MARLOT Guillaume, Metropolos Rememsis Historia, 1666, tome I).
[2] La commune s’appelle aujourd’hui St-Hilaire-le-Petit. Source de l’enquête : Archives départementales de la Marne, 1 T 37.
[3] Selon le recensement de 1846. Les enfants considérés comme susceptibles d’aller à l’école sont ceux âgés de 6 à 13 ans, selon les critères des lois de 1881-1882.
[4] Archives départementales de la Marne, 2 O 2827.
Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « un bâtiment municipal ».
Bravo pour le choix de la commune. C’est important de faire revivre ces communes disparues afin qu’elles ne sombrent pas dans l’oubli.