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Moronvilliers en 1917

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers

Moronvilliers, petit village du nord de la Marne, non loin de la frontière des Ardennes. Un petit village qui compte principalement des cultivateurs, des journaliers. Un village de 86 habitants en 1911[1]. Une commune qui vit ces dernières heures à l’aube de la Première Guerre mondiale.

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : carte de situation
Carte de situation

Cette bourgade, je vous en ai déjà parlé dans deux articles : L’école de Moronvilliers et Moronvilliers en 1926.

Aujourd’hui, je vais évoquer le dossier des dommages de guerre de la commune. Car il y en a bien eu un, même si l’état de terrains au sortir de la guerre pouvait laisser penser le contraire (voir la photo en tête de l’article).

Petit rappel des événements passés

Je ne reviendrai pas ici sur les circonstances de la déclaration de guerre, ni sur son déroulement. De très nombreux ouvrages et sites Internet de qualité font cela de manière beaucoup plus précise et complète.

Pour résumer, dans les premiers jours de la guerre, les troupes allemandes s’installent rapidement dans un village de Moronvilliers désert. Il faut dire que la commune se trouve à proximité immédiate du Téton, un des Monts de Champagne, qui domine la plaine environnante. C’est donc une position stratégique de premier ordre.

Lors de sa prise par les Allemands, plusieurs maisons ainsi que l’église brûlent. Avec l’installation de la guerre de tranchées, les positions ne bougeront plus avant 1917.

 

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : Moronvilliers vers 1916
Moronvilliers vers 1916

Du 17 avril au 20 mai 1917 se déroule la bataille des Monts de Champagne. C’est là que s’affrontent la 4ème Armée française du général ANTHOINE et la IIIème Armée allemande du Generaloberst[2] Karl von EINEM. La victoire des troupes françaises dans cette opération leur permet de reprendre les points d’observation jusque là tenus par les Allemands. Mais à quel prix : plus de 14 000 morts ou blessés et 6 000 prisonniers. Les tirs d’artillerie ont rasé le village de Moronvilliers.

Les dossiers de dommages de guerre

Les archives départementales de la Marne conservent quelques dossiers au nom des habitants de Moronvilliers. Il existe également un dossier établi pour la commune elle-même. Il porte le numéro 3378[3].

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : Page de titre

La commune est représentée par son maire, Paul BAZIN, qui réside à Vaudemanges, non loin de là. Les bâtiments de ce dossier sont l’église, la mairie, l’école et trois bâtiments municipaux parmi lesquels la forge et le bâtiment de la pompe. S’ajoute à la liste des réparations le cimetière de la commune.

Définir les dommages de guerre

Nous sommes alors en juillet 1922. La loi du 17 avril 1919 a mis en place et organisé le principe des dommages de guerre et des indemnisations. Chaque particulier, chaque entreprise, chaque commune ayant subi des destructions ou des réquisitions peut en demander réparation. Dans chaque canton, une commission a la charge d’examiner les dossiers. Les membres de ces commissions sont un professionnel du droit, un représentant du ministère des Finances et des Régions libérées, un architecte, un spécialiste des meubles et un particulier. La commission évalue les dommages décrits dans les dossiers et propose une indemnisation.

La commission cantonale de Pontfaverger statue donc sur le dossier de la commune de Moronvilliers. Les services de l’Etat ont défini un certain nombre de bâtiments types pour faciliter les opérations d’évaluation et de reconstruction.

Les édifices municipaux

C’est sur ces documents que le dossier repose en ce qui concerne la mairie, l’école et les bâtiments municipaux.

La mairie prend la forme de l’Habitation type 29. Il s’agit d’un bâtiment d’un étage couvrant une surface de 123 m², avec six pièces. Les murs sont en carreaux de terre sur des fondations de moellons, et les cloisons en briques. La charpente en chêne supporte une couverture en ardoises. Si un carrelage recouvre le rez-de-chaussée, les planchers du premier étage et du grenier sont respectivement en chêne et en sapin.

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : habitation type 29

L’école doit être rebâtie selon le plan d’une Habitation type 29, par essence accolée à un autre bâtiment. Il s’agit là d’une construction sans étage habitable, avec un grenier. Les matériaux sont les mêmes que ceux de la mairie.

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : habitation type 28

Quant aux bâtiments municipaux, la remise, le bâtiment de la pompe et la forge, leur forme est celle de l’Écurie type 30. Également couverte d’ardoises sur une charpente en chêne, ses murs sont pour partie des moellons et pour partie des carreaux de terre. Le sol du rez-de-chaussée est empierré et celui du grenier est un plancher de sapin.

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : écurie type 30

L’église

Contrairement aux édifices municipaux, l’église fait l’objet d’un devis bien détaillé qui reprend la description de la construction disparue.

« La partie supportant le clocher est entièrement en briques. La sacristie accolée à l’église est construite en matériaux semblables. Le clocher carré surmontant l’église est construit entièrement en bois et complètement couvert en ardoises à crochets. Le sol de l’église est complétement dallé en pierre dure. On accède au chœur par une marche en pierre dure de Vendresse. L’église est couverte en tuiles courbes ainsi que la sacristie »[4]. La description se poursuit avec la charpente et l’intérieur de l’édifice.

Le dossier des dommages de guerre de Moronvilliers : description de l'église

Le devis reprend avec précision la liste des matériaux nécessaires à la reconstruction de l’édifice. C’est ce montant qui détermine sa valeur en 1914. Le bâtiment vaut 16 651 francs (soit environ 21 000 euros). Si le projet de reconstruction se poursuit, il faut encore ajouter le coût des travaux. L’ensemble de l’opération coûterait alors près de 106 000 francs (environ 135 000 euros).

Reconstruire Moronvilliers ?

Lorsque le dossier est validé, en août 1922, la décision de reconstruire ou non la commune de Moronvilliers n’est pas encore définitive. Il faut attendre l’année suivante et la circulaire adressée aux préfets par le ministère des Régions libérées pour que le sort de la commune soit scellé.

Le 10 janvier 1923, le Ministre Louis LOUCHEUR décide que « sont classées en zone rouge les terrains ayant subi des destructions telles qu’ils ne peuvent être rendus à la culture ni à l’habitation sans danger pour la sécurité publique » (art. 1).

Moronvilliers en fait partie, de même que la commune voisine de Nauroy. Il n’y aura pas de reconstruction. Ici s’arrête l’histoire de cette commune.

Le 16 juin 1950, Moronvilliers disparaît officiellement des cartes lorsque son territoire est partagé entre ses voisines. Son nom subsiste aujourd’hui dans celui de Pontfaverger-Moronvilliers, qui a hérité d’une partie du territoire de la commune disparue.

Moronvilliers : le monument aux morts
Le monument aux morts de Moronvilliers

Notes

[1]     Archives départementales de la Marne, 122 M 342.

[2]     Dans l’armée allemande de 1914, le grade de Generaloberst est le deuxième grade le plus élevé après celui de Generalfedlmarschall ou Feldmarschall. Il correspond à celui de général d’armée dans l’armée française.

[3]     Archives départementales de la Marne, 10 R 2814.

[4]     Archives départementales de la Marne, 10 R 2814.

Cet article a été rédigé dans le cadre du challenge UPro-G sur le thème « un dossier de dommages de guerre ».

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