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Juliette MEGARD a disparu

Le 20 janvier 1906, le Préfet de la Marne reçoit une information qui l’amène à déclencher une procédure aujourd’hui disparue : la recherche dans l’intérêt des familles. En effet, Juliette MÉGARD a disparu.

La recherche dans l’intérêt des familles est une ancienne procédure administrative qui permettait de faire rechercher un proche disparu. Et cela même si cette personne n’était pas en danger. Elle a été abrogée par décision ministérielle du 26 avril 2013.

La demande, faite par une personne majeure, ne pouvait concerner qu’une personne de la famille. D’autre part, la disparition ne devait pas avoir eu lieu dans des conditions qui pouvaient inquiéter les enquêteurs.

C’est donc dans ce cadre que Jules GUILLOUX, cultivateur de la commune de Barbonne, au sud du département de la Marne, signale la disparition de sa femme. Selon ses dires, celle-ci a quitté son domicile le 15 janvier en emportant tous ses effets.

La raison de ce départ incongru, selon le mari : des remarques qu’il lui a faites sur sa conduite avec le domestique de la maison.

Juliette MEGARD a disparu : courrier du mari
Courrier de Jules GUILLOUX demandant la recherche de sa femme disparue

Portrait de la disparue

Chichey, un petit village d’environ 130 habitants situé au sud du département de la Marne, en 1876.  C’est là que Juliette Léonie MÉGARD naît le 15 octobre. Elle est la fille d’Hubert Alfred MÉGARD, aubergiste, et de Léonie Sofronie JOLLARD.aubergiste, et de Léonie Sofronie JOLLARD.

Elle y passe son enfance et son adolescence. Le 18 juillet 1895, elle épouse Jules Remi GUILLOUX, un cultivateur de Barbonne-Fayel, né le 1er octobre 1872 à Esternay. Le couple n’aura pas d’enfant.

Juliette MEGARD a disparu : carte de situation
Carte des lieux (IGN)

En 1906, au moment où son mari signale son départ, Juliette est une jeune femme de trente ans, blonde aux yeux bleus. Elle mesure environ un mètre soixante-huit. C’est là toute la description qu’en donne son mari.

Les recherches

Juliette MEGARD a disparu : fiche de signalement
Fiche de signalement de la disparue

Au fil des recherches et des interrogatoires[1], les enquêteurs en apprennent un peu plus sur les protagonistes de cette histoire. Ladite Juliette MEGARD, épouse GUILLOUX, a effectivement eu une aventure amoureuse avec Laurent MAUVAIS. Le jeune homme de vingt-huit ans, domestique, est l’employé de Jules GUILLOUX depuis le 1er mars 1905. Ledit domestique a un visage allongé, le teint coloré, un menton rond, une bouche et un nez moyens. Il perd son emploi le 10 janvier 1906, dès que son patron a vent de sa conduite.

D’après le témoignage d’Honorine FEIGNIE, veuve MAUVAIS, la mère du jeune homme, son fils serait parti le 15 janvier pour Romilly, chez son beau-frère Jean PETIT, menuisier aux ateliers du Chemin de fer de l’Est. Du reste, dans un nouveau courrier daté du 29 janvier, le sieur GUILLOUX avait indiqué qu’il pensait que son épouse pouvait s’être rendue à Troyes pour se faire engager comme domestique sous le nom de femme MAUVAIS.

Quant au père de la jeune femme, interrogé lui aussi, il ne sait où demeure sa fille. Mais il est certain qu’elle n’a pas pris le train à la gare de Barbonne.

Juliette MEGARD a disparu : la gare de Barbonne-Fayel
Barbonne-Fayel : la gare au début du XXe siècle

Le 11 février 1909, Jules GUILLOUX indique aux gendarmes de Sézanne que son ancien domestique se trouve à Dijon, où il a fait réexpédier son courrier en poste restante[2]. Il précise que celui-ci est susceptible de quitter la ville rapidement, sans doute dès le surlendemain, pour une destination inconnue. Il ne mentionne toutefois pas l’origine de cette information.

Les recherches menées dans l’Aube, autour de Troyes et de Romilly, demeurent infructueuses.

Un dénouement heureux…

Près de deux mois après son départ, Juliette MEGARD revient auprès de son mari : le 13 mars, le maire de Barbonne-Fayel écrit au Sous-Préfet d’Epernay pour l’informer que des recherches ne sont plus nécessaires. Ni les raisons exactes du départ de Juliette MEGARD, ni les motifs de son retour n’apparaissent dans le dossier d’enquête : si elle a été entendue par les gendarmes de Sézanne, ce document n’apparaît pas non plus.

Ce mariage, qui du reste semblait déjà battre de l’aile, ne résistera pas au temps puisque les époux GUILLOUX-MEGARD divorceront devant le Tribunal civil d’Epernay le 2 juillet 1909[3].

Notes

Toutes les images sont issues des collections des Archives départementales de la Marne.

[1]     Archives départementales de la Marne, 85 M 5.

[2]     Le service de poste restante, toujours proposé aujourd’hui, permet de faire conserver son courrier dans un bureau de poste jusqu’à ce que le destinataire vienne le chercher. Il peut être utilisé notamment par des gens qui n’ont pas d’adresse fixe ou qui ne sont que de passage dans une région. En raison d’une certaine confidentialité que procure ce service, il a parfois été appelé « boîte à cornes » ou « boîte à cocus ».

[3]     Mention marginale de l’acte de mariage du 18 juillet 1895.

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « un disparu ».

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