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Signature chez le notaire (Franz REDER, 1870)

Le testament de Marguerite LEROY

Parmi les documents sur lesquels un généalogiste travaille, le testament tient une place particulière. Ce n’est pas un document qu’on rencontre dans toutes les familles. En effet, la loi prévoit de manière précise l’organisation d’une succession[1]. Le fait de rédiger un testament dit donc déjà quelque chose des relations familiales.

Il peut être olographe, authentique ou mystique. Le testament olographe, écrit de la main du testateur, est souvent conservé dans les papiers familiaux et remis au notaire au décès de la personne. C’est également un notaire qui reçoit le testament authentique, en présence d’un autre notaire ou de deux témoins. Enfin, le testament mystique reste secret, car conservé dans une enveloppe scellée. A la mort du testateur, six témoins (puis trois seulement après 1837) remettent le document à un notaire.

Quelle que soit sa forme, il révèle l’univers intime de la famille : les liens entre les personnes, les préférences, les tensions aussi. Il offre également un regard sur les préoccupations de celui qui le rédige.

Alors, voyons ce que nous réserve le testament de Marguerite LEROY.

Le testament de Marguerite LEROY : carte de situation
Carte de situation

Marguerite LEROY et les siens

Marguerite LEROY vient au monde à Pouru-aux-Bois, dans le département des Ardennes, le dimanche 1er juin 1788. Elle a vingt-quatre ans lorsqu’elle se marie, peut-être à Beaumont-sur-Vesle en 1813[2], avec Claude Victor BAYEN, un tisseur de vingt-deux ans. De ce mariage naît un garçon, Paul Michel Victor, le 28 juin 1814.

Près de vingt-trois ans plus tard, lui-même se marie le 31 janvier 1837 à Prunay, avec Célinie Hubertine CHAUDRON. Le couple aura deux filles, Marguerite Aimée, née le 15 novembre 1837, et Marie Sidonie, née le 20 juillet 1839. Cette dernière décède le 26 décembre En revanche, sa sœur Marguerite Aimée va fonder une famille. Car elle se marie à Beaumont-sur-Vesle le 14 janvier 1856, avec un maçon originaire de Haute-Vienne, Jacque PUICHAFFRAY. De leurs trois enfants, seul Lucien Pierre, né le 6 novembre 1857 à Beaumont-sur-Vesle, atteindra l’âge d’un an. Malheureusement, Marguerite Aimée s’éteint brutalement le 26 avril 1860. Son mari se remarie trois mois plus tard.

Le testament de Marguerite LEROY : arbre
Arbre descendant de la famille de Marguerite LEROY (réalisé avec le logiciel Hérédis)

Le testament[3]

Sur la forme

Domiciliée à Beaumont-sur-Vesle, Marguerite LEROY a soixante-douze ans lorsqu’elle dicte son testament au notaire de Verzy, Louis Alexandre GIRARDOT, le 26 juillet 1860. Comme le veut la loi, plusieurs témoins assistent le notaire : Eugène COLMART, charron, Simon Eloi LOUVET, facteur rural, Pierre Remy ROMAGNY, rentier, et Paul Nicolas HENRAS, tisseur. Tous sont domiciliés à Beaumont-sur-Vesle et tous ont signé l’acte.

Le testament de Marguerite LEROY : page de garde du testament
Couverture du testament

Sur le fond

Précision importante, Marguerite LEROY est « saine d’esprit et bien portante de corps » lorsqu’elle lègue tous ses biens à son arrière-petit-fils, Pierre Lucien PUICHAFFRAY. Le petit garçon, qui n’a pas encore trois ans, vient de perdre sa mère. Comme l’enfant est mineur, c’est son oncle, M. CHAUDRON, épicier à Reims, rue de Vesle, qui est chargé de la gestion de ces biens. Le fils de Marguerite, Ponce Michel Victor BAYEN, grand-père de l’enfant, jouit desdits biens et de leur revenu le temps de la minorité de l’héritier.

Certes, ce sont là des dispositions inhabituelles. Mais elles ne sont pas particulièrement étonnantes… si ce n’est que le petit garçon a encore son père. En effet, Jacques PUICHAFFRAY, veuf de Marguerite Aimée BAYEN, la petite-fille de Marguerite LEROY, est toujours en vie.

Alors, pourquoi confier la gestion des biens à un oncle et l’usufruit au grand-père de l’enfant ? Le testament va plus loin. Si Ponce BAYEN décède avant la majorité de son petit-fils, les revenus des biens iront dans un placement. Marguerite écrit : « Je prive M. Puichaffray de la jouissance légale de la moitié des biens que je lègue à mon arrière-petit-fils ». Pourquoi priver celui qui avait épousé sa petite-fille de tout droit sur l’héritage ?

Malheureusement pour nous, rien ne permet de répondre à cette question et on ne peut que supposer que les relations entre Marguerite et son beau-petit-fils n’étaient pas au beau fixe. Peut-être le fait que celui-ci se remarie seulement trois mois après son veuvage n’est-il pas étranger à cette décision. Le testament est en effet rédigé quelques jours avant le remariage de Jacques PUICHAFFRAY…

Le testament de Marguerite LEROY : testament (recto)
Le testament (recto)
Le testament de Marguerite LEROY : testament (verso)
Le testament (verso)

Marguerite LEROY s’éteint à Beaumont-sur-Vesle le 28 décembre 1866, à l’âge de soixante-dix-huit ans.

Notes

[1]     Articles 720 à 892 du Code civil (Livre III, Titre Ier).

[2]     Le registre des mariages a disparu.

[3]     Archives départementales de la Marne, 4 E 23584.

Cet article a été rédigé dans le cadre du challenge UPro-G 2026 sur le thème « un testament ».

Cette publication a un commentaire

  1. Noëline Visse

    Le testament reste le meilleur moyen de connaitre les relations familiales, en voici une belle preuve.

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