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Une élection municipale

Une élection municipale au début du XXe siècle. Une élection municipale qui semble ordinaire. Et pourtant, une élection municipale qui va réserver bien des surprises.

Nous sommes en 1905 dans la petite commune de Wez, dans la Marne, non loin de Reims. Wez est un village d’environ deux-cents habitants situé à proximité de la route qui relie Reims à Châlons-sur-Marne.

Carte de situation
Carte de situation

Une élection inattendue[1]

1905. En France, cette année marque la promulgation de la célèbre loi sur la séparation de l’Église et de l’État. Cette loi du 9 décembre est le point d’orgue d’une querelle qui agite la vie politique et le quotidien des Français depuis le début de la IIIe République. D’un côté, nous avons les partisans de l’Eglise, qui voient dans la République une arme contre les croyances religieuses et la foi. De l’autre, ceux de la République, qui considèrent l’Eglise comme tyrannique et opposée à la démocratie. Deux visions irréconciliables.

Donc, en cette année 1905, l’adjoint au maire de Wez démissionne (il avait été élu en 1904). C’est dans une lettre datée du 20 septembre qu’Aimé POINSENET annonce sa décision au sous-préfet de Reims. Aimé POINSENET ne justifie pas son choix. Mais quelques mois plus tard, le maire lui-même démissionnera en raison des relations difficiles au sein du conseil entre républicains et partisans de l’Église.

Une élection municipale : courrier 1
Courrier -2

Un mois plus tard, le sous-préfet rend un avis favorable auprès du préfet de la Marne et convoque des élections municipales.

Le déroulement des élections

Le 12 novembre a lieu le second tour de scrutin, le premier tour n’ayant pas permis l’élection d’un nouveau conseiller municipal.

Le scrutin

Conformément à l’arrêté du préfet, le bureau électoral se réunit à midi. Il comprend Joseph Hubert BARBIER, maire, Toussaint HENRION, Emile Albert HENRION, Claude Alexandre PICOT et Eugène CHAUFFERT, tous conseillers municipaux à Wez. Le secrétaire est M. VARINET.

Le scrutin ouvre à midi. L’urne est vide, ainsi que l’ont constaté tous les membres du bureau. Deux serrures la maintiennent fermée. L’une des clés est entre les mains du président du bureau de vote. C’est l’assesseur le plus âgé qui détient l’autre.

Une élection municipale : extrait 1
Extrait du procès-verbal de l'élection du 12.11.1905

Chaque électeur a préparé avant de venir voter la liste des conseillers qu’il veut voir élus. Elle doit être écrite sur une feuille blanche, sans marque distinctive et comporter le bon nombre de noms. Le président du bureau de vote reçoit ce document et le dépose dans une urne scellée. L’électeur ayant rendu son bulletin signe ensuite la liste d’émargement destinée à contrôler le nombre de votants.

Sur les cinquante-neuf électeurs inscrits sur la liste de la commune, seuls trente-huit se sont déplacé pour ce second tour, soit moins des deux tiers. A six heures du soir, une fois le scrutin clos, le dépouillement peut commencer.

Le dépouillement

Un des scrutateurs ouvre les bulletins un par un et annonce à voix haute le nom inscrit (un seul conseiller doit être élu en 1905). Puis, il transmet le bulletin à un collègue, qui vérifie le nom lu. Pendant ce temps, deux autres scrutateurs inscrivent les suffrages séparément. Le dépouillement est public : les électeurs peuvent librement y assister.

Sur l’ensemble des bulletins insérés dans l’urne, quatre sont blancs ou illisibles, ce qui laisse trente-quatre bulletins valides.

Aimé POINSENET, l’adjoint et conseiller démissionnaire, obtient vingt suffrages. Lui qui ne voulait pas poursuivre l’aventure communale est donc élu. Charles COLMART obtient six voix, Georges DUFOURNAUX trois voix, et André BARDERY deux voix. Les trois autres bulletins contiennent « divers » noms.

Une élection municipale : extrait 2
Extrait du procès-verbal de l'élection du 12.11.1905

A six heures et demie, tout est fini. Aimé POINSENET est élu malgré sa démission.

L’élection du nouvel adjoint

Le 15 novembre, le Préfet de la Marne Henry HUARD valide l’élection. Immédiatement, il convoque un conseil municipal pour le 26 novembre dans le but d’élire le nouvel adjoint de la commune. Cette élection aura finalement lieu le 17 décembre.

Une élection municipale : extrait 3
Extrait du procès-verbal de l'élection de l'adjoint au maire du 17.12.1905

Contrairement aux élections municipales, l’élection du maire ou d’un adjoint se déroule en trois tours de scrutin. La majorité absolue est nécessaire lors des deux premiers tours. En ce dimanche 17 décembre 1905, tous les conseillers municipaux sont présents dans la salle de la mairie à sept heures du soir pour élire l’adjoint au maire Hubert BARBIER. Albert HENRION est le secrétaire de séance.

Lors des deux premiers tours de scrutin, personne n’obtient la majorité absolue. Le conseiller qui recueille le plus de suffrages est Charles PICOT, avec quatre voix sur dix. Le dépouillement du troisième tour désigne à nouveau Charles PICOT, avec ses quatre voix. Aussitôt, celui-ci déclare… ne pas accepter les fonctions d’adjoint.

Une élection municipale : extrait 4
Extrait du procès-verbal de l'élection de l'adjoint au maire du 17.12.1905

Et voila notre conseil municipal reparti pour une nouvelle élection à trois tours. Comme précédemment, les deux premiers tours ne permettent pas de dégager un vainqueur. Cette fois, c’est Émile CORDIER[2], l’épicier du village, qui tient la corde, avec quatre voix au premier tour et cinq voix au deuxième tour. Mais la majorité absolue est de six voix et un troisième tour est donc nécessaire.

Émile CORDIER obtient cette fois six voix et est donc régulièrement élu comme adjoint au maire de Wez. Dès que le résultat du scrutin est connu, notre épicier déclare… ne pas accepter les fonctions d’adjoint.

Et de deux !

Une élection municipale : extrait 5
Extrait du procès-verbal de l'élection de l'adjoint au maire du 17.12.1905

Et maintenant ?

Allait-on se diriger vers un nouveau scrutin à trois tours, avec le risque de voir se reproduire une nouvelle fois la même scène ? Non. Car le maire, Hubert BARBIER, sans doute lassé de cette situation inextricable, décide de s’en remettre au sous-préfet avant de procéder à une nouvelle élection, ce qu’il fait dès le lendemain.

Une élection municipale : extrait 6
Extrait du procès-verbal de l'élection de l'adjoint au maire du 17.12.1905

Dans son courrier, conscient des tensions qui agitent le conseil municipal, il propose de surseoir à cette élection et de laisser pour l’heure la commune sans adjoint. Trois jours plus tard, le sous-préfet de Reims en réfère au préfet de la Marne, en lui faisant part de son avis quant à cette situation : l’élection d’un nouvel adjoint doit être ajournée.

Les documents concernant cette élection mouvementée s’arrêtent là. Mais il y a fort à parier que le préfet n’a pas rendu d’avis différent, puisqu’aucune autre élection ne sera organisée avant… mai 1907, suite à la démission du maire…

Notes

[1]     Archives départementales de la Marne, 122 M 332.

[2]     Voir sa biographie ici.

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « une élection muncipale ».

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