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Moronvilliers en 1926

Aujourd’hui, en 2026, vous ne verrez pas ce panneau à l’entrée de Moronvilliers.

Car il y a cent ans, en 1926, la commune de Moronvilliers, petit village de la Marne, compte… 0 habitant. Et pourtant, cette commune existe encore à cette époque. Mais alors, pourquoi ?

Le village de Moronvilliers

Moronvilliers existe depuis des siècles. Selon Auguste LONGNON[1], la première mention de son existence dans un texte remonte à 1066 où il apparaît comme Muronis Villare.

Moronvilliers est un petit village du nord de la Marne, situé à quelques kilomètres de la frontière ardennaise.

Moronvilliers : carte de situation
Carte de situation (fonds Géoportail-IGN)

Au XIXème siècle, la commune a abrité jusqu’à 136 habitants en 1861[2]. Presque tous sont alors cultivateurs. Mais le village compte également quelques bergers, des carriers, deux cabaretiers, plusieurs domestiques, un instituteur et l’inévitable garde champêtre, institution incontournable de la ruralité de cette époque.

En 1911, à l’aube de la guerre, les habitants ne sont plus que 86[3]. Une grande partie des terres appartient désormais à Paul HERLEM, un gros manufacturier de Pontfaverger. Si des bergers sont toujours là, les cultivateurs se font plus rares, remplacés par des domestiques de culture et des journaliers. Les cabaretiers ont disparu et la mairie ne semble plus entretenir de garde champêtre. Une institutrice dirige l’école.

Un sort funeste

Puis la guerre est passée… Implacable, destructrice.

Evacué, puis rapidement tombé entre les mains des Allemands après de rudes combats en septembre 1914, le village de Moronvilliers se retrouve à proximité immédiate de la ligne de front, quand ce n’est pas sur cette même ligne.

Moronvilliers en 1926 : le village occupé par les Allemands
Moronvilliers occupé par les Allemands (gravure, vers 1917)

En 1917, l’offensive du général NIVELLE conduit les troupes alliées à vouloir reprendre les points d’observation occupés par les Allemands depuis 1914, de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) à l’Hartmannswillerkopf (Alsace). Le massif de Moronvilliers fait partie de ces points stratégiques.

A partir du 17 avril 1917, l’artillerie française pilonne sans relâche les positions allemandes, tandis que les troupes avancent. La reprise du massif de Moronvilliers a lieu le 20 mai 1917. Au dire des contemporains, ce fut une des opérations de cette période les mieux conduites et les plus « économes » en soldats de l’offensive NIVELLE.

Pour les habitants de Moronvilliers, en revanche, la désillusion est totale. Le village a été entièrement rasé par les bombardements. Rares sont les pans de murs qui tiennent encore debout. La commune passe en « zone rouge » dès 1919 et sous la gestion du Ministère du Blocus et des Régions libérées. Pour Moronvilliers et ses habitants, cela signifie que les habitations ne seront plus jamais reconstruites. Les champs ne seront plus jamais labourés. La vie s’arrête là, après près de mille ans d’occupation des lieux.

Moronvilliers en 1926 : vue du village en 1917
Moronvilliers en 1917

En 1921, le recensement indique que 58 personnes vivent encore à Moronvilliers[4]. En réalité, ce sont tous des ouvriers chargés de nettoyer et sécuriser le territoire. Le document, signé par M. BAZIN, maire de Moronvilliers, est rédigé à Vaudemange, à quelque vingt-cinq kilomètres au sud.

Moronvilliers en 1926 : extrait du recensement de 1921
Extrait du recensement de 1921 (AD 51 - 122 M 364)

Une coquille brisée et vide

En 1926, il y a cent ans, la commune de Moronvilliers existe toujours, mais sur le papier seulement. Elle porte toujours le numéro 385 dans les fichiers de l’administration française. Mais il ne reste plus rien. Les habitants sont partis. Les maisons, les granges, la mairie, l’école,… tout a disparu.

La commune reçoit pour prix de son sacrifice la Croix de guerre 1914-1918. Elle est officiellement supprimée en 1942. Par décret du 14 juin 1950[5], son territoire est partagé entre les communes environnantes : St-Hilaire-le-Petit, St-Martin-l’Heureux et Pontfaverger. C’est à cette dernière commune que revient le droit de perpétuer le nom et la mémoire de Moronvilliers. En 1950, en effet, Pontfaverger prend le nom de Pontfaverger-Moronvilliers.

JORF 16.06.1950 : extrait
Décret du 14 juin 1950 (JORF 16.06.1950, gallica.bnf.fr)

Notes

[1]     Dictionnaire topographique de la Marne, 1891.

[2]     Archives départementales de la Marne, 122 M 130.

[3]     Archives départementales de la Marne, 122 M 298/2.

[4]     Archives départementales de la Marne, 122 M 364.

[5]     Journal officiel du 16.06.1950.

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « une année en 26 ».

Cette publication a un commentaire

  1. Alexandra Esnault

    Bonjour Charles-Emmanuel, l’introduction de ton article est intéressante et suscite la curiosité. L’histoire de cette commune pendant la guerre est marquante. Quant à la commune de Pontfaverger, c’est un bel hommage à ce village disparu.

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