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Un métier d’autrefois : étaminier

Connaissez-vous le drapier, le sergier, le doubletier, le frangier ou encore le passementier ? Sans doute pas, parce que ce sont des métiers aujourd’hui disparus. Tous étaient liés au textile et aux différents tissus et accessoires, nombreux, que chacun d’entre eux était capable de confectionner. Parmi ces métiers d’autrefois, il en est un autre, lui aussi lié à l’industrie du textile, dont je veux vous parler aujourd’hui : l’étaminier, en particulier dans la vallée de la Suippe.

Une tradition textile à Reims

Depuis longtemps, Reims et la vallée de la Suippe sont une terre de production textile.

Au Moyen-Âge, les grandes foires de Champagne ne se déroulent pas à Reims, mais principalement à Troyes ou à Provins. Cependant, dès le XIIe siècle, la ville des sacres est déjà un centre drapier important. Les marchands rémois vendent leurs produits à Troyes et à Provins, et même jusque dans les Flandres, qui sont pourtant une autre grande région drapière.

Des foires de moindre importance, plus régionales, se déroulent à Reims et il existe de nombreux marchés permanents.

Au XVIIIe siècle, c’est essentiellement dans le quartier Saint-Remi que se concentrent les ateliers rémois. Puis, avec le développement des machines à vapeur, des industries s’installent dans la ville des Sacres, toujours autour de Saint-Remi et Saint-Maurice. On y trouve des filatures (Véron-Villain & Cie, Rogelet & Dauphinot, …), des usines de peignage et de cardes (Bourgeois-Botz & Cie, Isaac Holden & fils, …) ou encore des manufactures de teinture et d’apprêts (Margotin & Cie, Marquant, …).

Le tissage dans la vallée de la Suippe

Mais Reims n’est pas le seul lieu de production de tissus sous l’Ancien Régime. A une époque où il n’existe pas de grandes manufactures, la cité champenoise est d’abord un centre de commerce des tissus. Ceux-ci sont en grande partie fabriqués dans les villages environnants, et en particulier dans la vallée de la Suippe.

Un métier d'autrefois : étaminier
Carte de la vallée de la Suippe (Carte de Cassini - IGN-Géoportail)

Les artisans travaillent chez eux et vendent leur production à Reims. On trouve fréquemment dans les actes d’état civil de la fin du XVIIIe siècle les mentions de ces métiers du textile dont nous avons perdu le savoir-faire aujourd’hui.

Un métier parmi d’autres : étaminier

Représentation d'un tisserand
Le tisseur à domicile au XIXe siècle (image créée par l'IA Copilot)

L’étaminier est un artisan tisseur qui fabrique un tissu bien particulier, l’étamine. Sa connaissance de ce type de tissage est très importante. Il n’utilisera pas les mêmes techniques que le sergier, par exemple.

L’étamine est un tissu fabriqué à partir de laine peignée, ou parfois de coton. Elle est dite à armure toile, c’est-à-dire que le fil de trame passe alternativement au-dessus puis au-dessous d’un fil de chaîne[1]. Sa structure en fait un tissu léger, stable, au tissage régulier. Elle sert de base aux voiles, aux doublures, aux vêtements légers et aux tissus religieux, par exemple

Suite à l’industrialisation de la production textile, les artisans étaminiers des villages disparaissent progressivement dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec l’apparition de filatures à Bazancourt, Warmeriville ou encore Pontfaverger. Ce sont désormais des métiers à tisser mécaniques qui réalisent ces produits. Mais les métiers spécifiques comme celui d’étaminier perdurent : seuls des ouvriers très qualifiés sont capables de régler les machines pour obtenir le meilleur tissage.

Une manufacture de textile au XIXe siècle (gravure)
Une manufacture de textile au XIXe siècle (gravure)

Puis la Première Guerre mondiale marque le déclin de cette industrie. La plupart des usines détruites ne seront pas reconstruites et les derniers ateliers ferment au cours du XXe siècle.

Notes

[1]     Les fils de chaîne, verticaux, constituent la structure du tissu. Les fils de trame, horizontaux, sont ceux qui permettent le tissage. C’est le plus ancien et le plus simple des modes de tissage.

Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « un métier insolite ».

Illustration de tête : Le tisserand, tableau de Paul SERUSIER, 1888.

Cette publication a un commentaire

  1. Noëline Visse

    Belle découverte que ce métier d’étaminier et de la production toilière en générale.
    Cela change de la production de la fameuse boisson à bulles 🙂

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