Aujourd’hui, à l’anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, rendons hommage à nos héros.
C’était le 11 novembre 1918, il y a 107 ans. A cinq heures du matin, dans le wagon-restaurant du train des négociateurs français, les belligérants signaient l’armistice non loin de la gare de Rethondes. Le maréchal FOCH, commandant des forces alliées et l’amiral WEMYSS, représentant britannique, ont apposé leur signature. Face à eux, les plénipotentiaires allemands ont également signé le document. Ils étaient quatre. Matthias ERZBERGER représente le gouvernement allemand, le comte von OBERNDORFF le ministre des Affaires étrangères. Les deux autres sont des militaires : le major-général WINTERFELDT et le capitaine de vaisseau VANSELOW[1]
La loi du 25 octobre 1919
La guerre est terminée. En France, comme dans les autres pays, il est temps de panser les plaies, profondes, très profondes, trop profondes, de ces quatre années de conflit. Et de rendre véritablement hommage à ceux qui sont tombés pour leur patrie.
C’est le sens de la loi du 25 octobre 1919, une loi « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la grande guerre ». Oui, tel est le nom que porte cette loi promulguée dès le lendemain. Son histoire commence en juin 1918, lorsqu’une proposition est adoptée par le Sénat. Il faudra plus d’un an pour en adopter les termes et mettre d’accord députés et sénateurs.
Que dit cette loi ? Elle instaure tout d’abord la création de registres déposés au Panthéon, dans lesquels on consignera les noms des soldats « ayant servi sous le drapeau français et morts pour la France ». Les civils bénéficient des mêmes honneurs lorsqu’ils ont « succombé à la suite d’actes de violence commis par l’ennemi, soit dans l’exercice de fonctions publiques, soit dans l’accomplissement de leur devoir de citoyen ».
Mais le plus important est sans doute les dispositions de l’article 5. L’Etat décide de subventionner « les efforts et les sacrifices [des communes] en vue de glorifier les héros morts pour la patrie ». C’est la naissance des monuments aux morts.
Ce ne sont pas les premiers monuments aux morts de l’histoire des guerres françaises. Déjà après la guerre de 1870, certaines communes en avaient érigé pour honorer les soldats tombés face à la Prusse. Mais cette fois, l’ampleur est toute autre. Le nombre de victimes est tel que la mort touche toutes les communes, toutes les familles ou presque.
Le monument aux morts de Buc[2]
A Buc, dans l’actuel Territoire-de-Belfort, comme partout en France, le conseil municipal délibère sur l’érection d’un monument à la mémoire de ses enfants.
Lors de la réunion du 3 septembre 1919, l’assemblée adopte le projet, à l’unanimité des conseillers présents, Charles François SIGNE, adjoint au maire, Victor Félix PÉQUIGNOT, Joseph PÉQUIGNOT, François PIGUET et François PÉQUIGNOT.
Le devis s’élève à environ deux-mille-deux-cents francs. Le conseil municipal a voté une enveloppe de mille-cinq-cents francs pour sa réalisation. Une souscription auprès des habitants a rapporté six-cents francs. Si on ajoute les cent francs versés par le bureau de bienfaisance, le budget pour ce projet s’élève à deux-mille-deux-cents francs. Dans son courrier du 20 novembre 1919 à l’administrateur du Territoire de Belfort[3], Charles François SIGNE précise même que « si cette somme est dépassée, un généreux souscripteur s’engage à verser le surplus ». Le monument peut donc voir le jour.
C’est à Eugène TRAUT, sculpteur à Belfort, que revient la charge de sa conception. Le piédestal carré supportera un obélisque surmonté d’une petite pyramide. D’une hauteur totale de trois mètres soixante-quinze, le matériau sera une pierre blanche. Sur sa face principale, une croix et des palmes. Des plaques de marbre blanc porteront les noms des héros tombés pour leur pays.
Approuvée par un décret du Président de la République le 20 janvier 1920, la délibération du conseil municipal de Buc est désormais officielle. Le monument est inauguré au début de l’année 1921 (je n’ai pas trouvé la date exacte).
« Aux enfants de Buc morts pour la France »
THEVENOT Charles François Émile, tué à Montreux-Jeune (68) le 15.08.1914
PÉQUIGNOT Charles Joseph Victor, tué à Marbotte (55) le 01.10.1914
SIGNE Pierre François, tué à Maizeray (55) le 12.04.1915
ROY Marie Joseph Paul Félix Alphonse François, tué à Souchez (62) le 08.01.1916
PIGUET Marie Charles Émile, tué à Verdun (55) le 28.06.1916
TOURNIER Marie Félix Jean Louis, tué à Loivre (51) le 19.05.1917
ROY Marie Joseph Augustin Georges, décédé en captivité en Allemagne le 10.05.1918
SIGNE Marie Joseph Albert, tué à Ciry-Salsogne le 08.08.1918
TOURNIER Marie François Joseph Firmin, décédé à Vernon (27) le 25.11.1918
Notes
[1] Service historique de la Défense, GG/15/MM/99.
[2] Archives départementales du Territoire-de-Belfort, 2 O 20/3.
[3] En 1919, le Territoire-de-Belfort n’existe pas. Détaché du département du Haut-Rhin après la guerre de 1870-1871, il a porté plusieurs noms comme « arrondissement subsistant du Haut-Rhin » ou « ancien arrondissement de Belfort » ou encore plus simplement « territoire de Belfort » (sans majuscule et sans tiret). Il est alors dirigé par un administrateur et non par un préfet. Après la guerre de 1914-1918, malgré le retour du Haut-Rhin à la France, ce territoire reste indépendant. Ce n’est que le 18 février 1922 qu’il devient officiellement le 90e département français.
Cet article a été rédigé dans le cadre de l’atelier blog proposé par CLG Formation sur le thème « une histoire de guerre ».